Eczéma : un mal qui démange et qui dérange

 

Par Mélanie Philips

 

Peau sèche, démangeaisons, peau qui brûle…

Autant de manifestations qui peuvent vous faire penser à l’eczéma. Quels sont les symptômes de cette maladie de la peau ? Qui peut être concerné et est-ce que cela se soigne ?

Réponse avec Delphine Staumont Sallé, professeur de dermatologie au CHU de Lille.

 

« L’eczéma est une maladie de la peau, inflammatoire, chronique, qui évolue par poussées », définit le Pr Delphine Staumont. La physiopathologie de cette maladie est complexe et plurifactorielle.

Il s’agit de la maladie de peau la plus fréquente.

Il existe différents types d’eczéma : atopique, de contact, de stase vasculaire, dyshidrosique, mais nous parlerons ici des plus fréquents : la dermatite atopique et l’eczéma de contact.

 

La dermatite atopique

L’eczéma atopique, ou dermatite atopique, n’est pas contagieuse mais récidivante et évolue sous forme de poussées, durant lesquelles les symptômes s’aggravent. Selon la littérature, cette pathologie touche 15 à 20 % des enfants et 2 à 10 % des adultes des pays occidentaux.

 

LES CAUSES

Différents facteurs peuvent être responsables de la dermatite atopique :

- des facteurs génétiques : souvent, on peut retrouver chez les parents au premier degré (père, mère, frère et sœur) un eczéma atopique ou d’autres manifestations atopiques,

- des facteurs liés à une altération de la barrière cutanée : la peau joue un rôle de protection naturelle contre les agressions de l’environnement. Cette altération favorise la sécheresse cutanée et peut ainsi laisser pénétrer des allergènes, chez certains patients, comme des allergènes respiratoires (acariens, poussière, pollens), ou alimentaires surtout chez le tout-petit,

- des facteurs immunologiques : certains patients présentent une dé- régulation de la réponse immunitaire dans leur peau, avec une propension à fabriquer de manière excessive certains types de substances inflammatoires, appelées cytokines. Cette exacerbation de la réaction immunologique entraîne une réaction inflammatoire,

- des facteurs environnementaux : certaines altérations de la peau favorisent l’intrusion des irritants, des polluants, du tabac… qui peuvent avoir un rôle pro-inflammatoire.

« Ce qui est très important à retenir, c’est que la dermatite atopique n’est pas du tout synonyme d’allergie. Il peut y avoir une composante allergique chez certains patients, mais pas chez tous. Ce n’est ni associé, ni synonyme », complète le Pr Staumont Sallé.

Cependant, avec le facteur génétique, il est fréquent que d’autres pathologies atopiques soient asso- ciées, comme l’asthme, la rhinite et la conjonctivite allergique, ou une allergie alimentaire chez le petit enfant, ou encore un eczéma de contact à tout âge.

 

LES PARTIES DU CORPS TOUCHÉES

Le diagnostic de la dermatite atopique se base sur l’interrogatoire, les antécédents dans la famille, les antécédents personnels, la peau sèche et les démangeaisons. Mais que ce soit chez l’enfant, l’adolescent ou encore l’adulte, la caractéristique qui permet de poser le diagnostic, c’est souvent l’atteinte des plis cutanés, c’est-à-dire au niveau des coudes, des genoux, des poignets, des chevilles... « Chez le petit enfant, les plis du cou sont souvent concernés. L’eczéma peut toucher la tête, le cou et les mains à tous les âges. Mais, souvent, chez l’adolescent et l’adulte, il y a une amélioration sur le corps même si des stigmates persistent au niveau des plis du cou, des mains et de la tête », précise Delphine Staumont.

 

MANIFESTATIONS CLINIQUES

L’atteinte des plis cutanés sur les différentes parties du corps est une manifestation fréquente. Mais d’autres symptômes s’ajoutent au tableau clinique :

- les démangeaisons ou prurit : avec toutes leurs conséquences, notamment la qualité du sommeil qui est altérée à cause des démangeaisons ;

- une peau sèche qui brûle, qui peut être douloureuse ;

- lors de la phase aiguë au moment des poussées, la dermatite atopique peut suinter avec l’apparition de vésicules qui éclatent avec le grattage, et peut également s’infecter ;

- chez l’adulte, la peau va plutôt être sèche, épaisse, et gratter énormément.

 

COMPLICATIONS

« La première complication, ce sont les conséquences sur la qualité de vie dans toutes ses dimensions : socioprofessionnelles, familiales, sexuelles, avec troubles du sommeil, et tout ce qu’on peut imaginer. Ensuite, dans les complications physiologiques, la peau atopique s’infecte facilement car elle se défend moins bien contre les infections. On peut donc retrouver chez les patients des infections bactériennes (staphylocoque doré) ou virales (herpès) », explique la dermatologue.

 

ÉVOLUTION

Classiquement, c’est une maladie qui débute dans la petite enfance, chez le nourrisson. La plupart du temps, elle s’améliore et disparaît vers l’âge de 8 ans, voire avant. Dans 20% des cas, elle persiste après cet âge-là. « On sait que plus la dermatite atopique est apparue tardivement, plus elle est sévère et a de risques de se poursuivre », complète Delphine Staumont.

 

TRAITEMENT

« Pour les dermatites atopiques légères à modérées, nous pouvons tout à fait les contrôler avec les soins locaux. Ce qui comprend les émollients au long cours, en traitement d’entretien pour restaurer la barrière cutanée. En cas de poussées, les dermocorticoïdes (ou corticoïdes locaux) sont très efficaces s’ils sont appliqués et utilisés à bon escient – c’est-à-dire uniquement lors des moments de poussées. Si nous faisons une bonne éducation thérapeutique aux patients et aux parents, il n’y a pas d’effets indésirables », tient à souligner la professionnelle.

En cas de dermatite atopique plus sévère ou qui persiste, malgré les soins locaux et une bonne éducation thérapeutique, avec des conséquences importantes sur la qualité de vie, le patient peut alors être éligible à un traitement par voie générale, un traitement dit systémique.

Il est nécessaire de consulter son médecin traitant en première intention. Ce dernier est capable de traiter la dermatite atopique légère. Il vous orientera vers un dermatologue si cela persiste.

 

Les conseils à suivre

À long terme, la dermatite atopique peut être contrôlée grâce aux traitements, mais également en prenant soin de sa barrière cutanée. Cela passe par prendre plusieurs réflexes à adopter au quotidien :

● Préférer les douches pas trop chaudes ainsi que les bains de courte durée. Il est également recommandé de mettre un émollient après la douche et de renouveler régulièrement ce geste ;

● Éviter les vêtements synthétiques contre la peau ;

● Éviter les produits lavants trop parfumés, trop moussants, trop détergents, et les produits irritants comme l’adoucissant par exemple ;

 ● Être à jour dans les vaccins. En effet, les enfants concernés sont plus fragiles face aux virus, il est nécessaire d’être à jour. La dermatite atopique n’empêche pas de se faire vacciner, il est seulement recommandé de repousser l’acte en cas de poussée ;

● Se méfier de l’herpès : si quelqu’un dans l’entourage a un bouton de fièvre, mieux vaut éviter de l’embrasser, d’être en contact direct avec lui à ce moment-là, en raison du risque infectieux ;

● Il n’y a pas de régime alimentaire particulier à suivre ;

● Éviter le tabagisme actif comme passif. Le tabac est un oxydant puissant, pro-inflammatoire, et donc un facteur aggravant de la dermatite atopique.

 

L’eczéma de contact     

« L’eczéma de contact est différent, parce qu’il peut exister complètement en dehors d’un terrain atopique. Il s’agit d’un eczéma qui est localisé, comme son nom l’indique, sur une partie du corps en contact avec un sensibilisant », précise la professeure en dermatologie. Ces sensibilisants peuvent être multiples et d’origine professionnelle.

Cette réaction allergique peut survenir même en l’absence de terrain génétique favorisant l’allergie.

 

LES DIFFÉRENTS SENSIBILISANTS DE CONTACT

Différents sensibilisants sont responsables de l’eczéma de contact. On retrouve parmi eux :

- Les produits vestimentaires : vêtements (teintures), chaussures (cuir, colle, caoutchouc...) et accessoires en nickel (bijoux fantaisie, boutons de pantalon, boucle de ceinture...).

 - Les cosmétiques : parfum, teinture capillaire, shampoing, lingettes démaquillantes, déodorant, rouge à lèvre, vernis à ongles...

- Les médicaments à application cutanée (crèmes, gels…) ou produits de soins : pansements adhésifs, antiseptiques, crèmes anti-inflammatoires...

Il existe également des métiers plus à risque d’être en contact avec des sensibilisants professionnels tels :

-              Les métiers du bâtiment (ciment, peinture, colles...) ;

-              Les coiffeurs (teintures, permanentes, gants, shampoings...) ;

-              Les professions de santé (antiseptiques, gants, résine composite...) ;

-              Les horticulteurs (chrysanthèmes, primevères, pesticides, gants...)

 

SYMPTÔMES

-              Des plaques rouges et sèches responsables des démangeaisons ;

-              Des vésicules remplies de liquide clair qui se rompent et suintent ;

-              La formation de croûtes qui disparaissent avec le temps.

Les parties du corps touchées sont celles en contact avec l’agent sensibilisant. « Par exemple, face à un patient qui a un eczéma très localisé au niveau des lobes des oreilles, qui n’a jamais fait d’eczéma en étant plus jeune, pas d’asthme, pas de manifestation atopique qui ne se gratte pas ailleurs et qui n’a pas la peau sèche, on va se dire que c’est un eczéma de contact. Avec la localisation à l’oreille, on aura la piste du bijou et donc du nickel », explique la dermatologue.

 

TRAITEMENT

Dans la très grande majorité, après avoir trouvé le sensibilisant mis en cause par les tests cutanés allergologiques, l’éviction de ce dernier permet une guérison dans les 10 à 15 jours qui suivent.

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